Hector D. TOVIDOKOU
Cotonou, Littoral, Benin
Journaliste culturel et critique de cinéma du Bénin



Article du le 19 janvier 2011 sur :
http://tovidokou.blogspot.com


Entretien avec Jacques Do Kokou, Délégué général de Recitel

« Le cinéma francophone africain doit être réorganisé »


Dans le cadre de Quintessence 2011, nous avons rencontré Jacques Do Kokou, Délégué général de Recitel, membre du jury de la Sélection Demain, c’est aujourd’hui. Nous avons échangé sur son festival Recitel et la situation du cinéma francophone en général. Selon lui, le secteur doit être réorganisé pour que chacun joue le rôle qui est le sien.

Quelles appréciations faites-vous de Quintessence 2011 ?
Je crois que c’est déjà une bonne chose que Quintessence soit à sa 9ème édition. Je profite de l’occasion pour encourager Jean Odoutan, malgré les difficultés, continue de se battre pour que le cinéma soit une réalité dans notre sous-région, en particulier à Ouidah, au Bénin et en Afrique en général. Si j’ai une comparaison à faire, je pense que cette édition à ces hauts et bas. L’essentiel que je pense qu’il faut retenir est que cette édition a drainé beaucoup de gens sur les lieux de projections. C’est ce que nous souhaitons d’ailleurs. Que les gens se mobilisent pour suivre nos films et que les images que le cinéma propose aillent au-delà de nos frontières.

Quelles sont les difficultés auxquelles votre festival est-il confronté ?
Les recitels sont comme Quintessence. Nos difficultés sont souvent liées au financement. Nous travaillons pour notre Etat, mais il se trouve que nous n’avons pas un accord favorable, c'est-à-dire l’accompagnement financier. Et souvent notre dernier recours, c’est l’extérieur alors que vous n’êtes pas sans savoir qu’aujourd’hui, presque toutes les portes se verrouillent petit-à-petit. Nous pensons qu’avec nos publiques nous arriverons à convaincre les autorités. C’est tout une école. Quand nous parlons de l’Europe, ils ne sont pas arrivés comme ça, mais ils ont franchi des étapes. Nous sommes à l’étape de croissance et ce qui doit compter, c’est le travail.

Bénéficiez-vous des financements européens destinés aux structures culturelles africaines ?
De temps à autre. Seulement que les européens ont une politique de financement. Ils peuvent trois fois de suite vous aider et de manière decrescendo. Les Recitel ont bénéficié du financement de Africalia lors de la première édition. L’année suivante, Africalia s’est délocalisé de certains pays comme le Togo, le Bénin, etc. Tout d’un coup, l’ambition de bien faire, d’aller en avant a reçu un grand coup. Donc, on essaie d’organiser modestement. Voila ce qui nous arrive, si nous comptons sur ces financements. D’un jour à l’autre, ces portes de financements seront fermées. Là, c’est notre cinéma qui en souffre. Je profite de l’occasion pour interpeller nos autorités, à tous ceux qui pensent que le cinéma peut apporter quelque chose ou soutenir le développement de nos pays.

Quels sont les acquis de Recitel de 2006 à ce jour ?
Je crois que les recitel ont permis de montrer au public et surtout à un certain nombre de responsables qu’il faut aider et promouvoir le cinéma. En 2010, nous étions à la 6ème édition et nous avons à chaque édition, formé une soixantaine de participants. Il est à noter que les 5 premières éditions ont enregistré la participation des pays étrangers. Les Recitel sont une rencontre internationale et nous appuyons surtout sur les pays frères et voisins comme le Bénin, la Côte-d’Ivoire et le Burkina-Faso. Les difficultés financières ne nous ont pas permis d’inviter à la 6ème édition des participants internationaux. Quelque part, à mon avis, c’est les participants qui doivent frapper à nos portes. Ce n’est pas à nous d’aller vers les participants. Nous sommes à l’ère du numérique, il revient aux participants de faire des recherches sur internet pour nous trouver. Mais, nous allons renforcer notre communication sur la 7ème édition qui se déroulera en deux temps notamment en juillet pour la formation et 
en novembre pour le festival. Je tiens à confier comme acquis, l’association des critiques de cinéma de Togo qui a été créée à l’issue de la première édition et qui se font connaître sur le plan international de jour en jours ; nous avons également un certain nombre de jeunes qui ont pris part à nos activités et qui ont déjà commencé par produire des films. Malgré les difficultés, le bilan est positif.

Que pensez-vous du cinéma francophone ?
Je pense que nous sommes entrain de mettre le boeuf devant la charrue. Si aujourd’hui, nous sommes devenus cinéastes, c’est parce que nous avons la chance d’aller dans les salles pour suivre des films. De nos jours, il n’y a plus de salles. Nos télévisions nationales ne sont pas disposées à diffuser nos productions. Si le cinéma doit évoluer, il doit y avoir des endroits où les gens peuvent suivre des films. Si nos films ne peuvent pas être vus dans les salles de cinéma, sur nos télévisions, qu’est-ce qu’il faut faire. Nous avons des financements de l’extérieur pour tourner des films. Une fois finie, nous nous retournons encore vers les bailleurs en particulier la France. Or, nos films sont destinés au public. Alors que le cinéaste francophone africain peine à faire un film. Disons que la cadence de productions d’un film en Afrique francophone est de 4 ou 5 ans. Nous pouvons citer et compter quelques uns qui arrivent à produire un film par an. Si les gens sortent leur film, il n’y a pas de salles pour qu’ils puissent faire la projection. Quand je prends l’exemple de Lomé, il y a deux salles qui sont plus ou moins en activités. Nous avons le Centre culturel français et l’Institut Goet. Nous avons un sérieux problème avec nos télévisions qui diffusent des télénovelas (films épisodiques de l’Amérique Latine). Les dirigeants de ces chaines pêchent en diffusant ces films, qu’ils acquièrent gratuitement de TV5 et du CFI. Alors, ils préfèrent attendre gratuitement les films. Tout cela m’emmène à dire que le cinéma francophone africain n’existe pas ni sur le grand écran ni sur le petit écran. Le cinéma africain francophone a plus de 50 ans. Soumanou Vieyra et d’autres ont fait Afrique sur scène, il y a plus de cinquante ans. Dans le temps, je peux dire que le Ghana et le Nigeria étaient entre griffe au moyen-âge. Après plus de cinquante ans, nous constatons que le cinéma francophone africain a régressé tandis qu’il y a le phénomène de Nollywood au Nigeria. Le cinéma avance là-bas, mais est-ce le cinéma ou la production audiovisuelle, je pense que c’est la production audiovisuelle qui fait
mouche là-bas. Parlant de qualité y en-a-t-il vraiment ? Je crois que la production audiovisuelle Nigériane a donné un coup de fouet au cinéma de l’Afrique de l’Ouest. C’est des gens qui ont déjà créé des structures qui permettent à leurs productions de marcher. Je veux attirer l’attention sur le secteur. Au Nigeria, ils sont bien organisés et chacun joue son rôle que ça soit, le réalisateur, le producteur, le distributeur, le régisseur, le cameraman etc. Quand on arrive en Afrique francophone, il n’y a pas de producteurs, mais des réalisateurs. Mais où irions-nous avec ça ? Le secteur cinématographique francophone de l’Afrique de l’Ouest pour ma part, doit être réorganisé et pour qu’on sache qui est qui et qui fait quoi.

 
 
 
 
« Produire en Afrique » Rencontres Professionnelles Cinématographiques et Audiovisuelles
Dakar 20 et 21 décembre 2010

Dans le cadre du Troisième Festival Mondial des Arts Négres deux journées de rencontres professionnelles intitulées « Produire en Afrique » ont été organisées, au profit du secteur cinématographique et audiovisuel africain. Ces rencontres ont eu lieu au Méridien Président.

C’est une occasion donnée aux professionnels sénégalais de retrouver leurs homologues du continent, les responsables nationaux de cinématographies d’Afrique et les partenaires habituels du cinéma africain autour de l’enjeu actuel des créateurs africains « Produire en Afrique ».

Les objectifs de cette retrouvaille sont :

1 - la mise en place d’un plaidoyer et d’un lobby visant à convaincre les États africains de la nécessité de mettre en place, localement, des mécanismes de financement de la production cinématographique et audiovisuelle, car, pour cause du tarissement des aides originaires du nord, le cinéma africain ne tourne plus, n’existe plus. De retour chez eux, les cinéastes devront s’adresser, à leurs pouvoirs publics, pour leur indiquer la voie à suivre pour faire exister le cinéma au sud,  et  les interpeller pour qu’ils reviennent dans le secteur pour construire les cinématographies du contient.

2 - la mise en place de mesures concrètes destinées à favoriser les collaborations entre cinéastes africains à travers le continent.

La rencontre a donné l’occasion aux cinéastes comme Mama Keita de la Guinée, Jean Odoutan du Bénin, Lancine Kramo de la Côte d’Ivoire, Salif Traoré du Mali, Jacques Do Kokou du Togo, Assane Diagne, Clarence Délégado, Mansour Wade, Khalilou Ndiaye, Johnny Spencer Diop, Abdoul Aziz Cissé du Sénégal, Sanon Emanuel du Burkina Faso, entre autres d’exposer leurs expériences. Le Centre National de la Cinématographie du Maroc, du Gabon, du Bénin, du Congo Brazzaville ont présenté leurs expériences de coproduction en Afrique.

Des discussions, à bâtons rompus, ont eu lieu pour tenter de trouver sur les mesures et démarches qui aideront à mieux asseoir l’environnement des collaborations et de coproduction qui est fondamental pour le devenir de la cinématographie dans chaque pays.

Des recommandations et suggestions, qui aideront les administrations en charge du cinéma et les organismes de coopération régionale dans la mise en place des mécanismes d’accompagnement des coproductions africaines, ont été faites à la suite de ces travaux.

Le président sénégalais, Me Abdoulaye Wade, a tenu à venir personnellement clôturer les travaux du forum de discussions « Produire en Afrique ».

Avant le chef de l’État, Nourredine Sail, Directeur général du Centre cinématographique marocain, et Charles Mensah, président de la Fédération panafricaine des cinéastes (Fepaci) ont fait un diagnostic sans complaisance du secteur cinématographique africain. Ils sont tous arrivés à la même conclusion : « le 7e art africain se meurt ». Pas de salles de cinéma fonctionnelles (là où elles existent encore), un environnement de travail peu favorable, mais surtout un véritable problème de financement.  MM Sail et Mensah ont souligné l’urgence en Afrique de la mise en place d’un efficace mécanisme de financement de la production cinématographique.

Les cinéastes ont demandé le soutien du président Wade et l’ont sollicité pour sensibiliser et convaincre ses pairs à créer des structures devant permettre la construction d’une cinématographie dans chaque pays du continent.

Devant le parterre de cinéastes, d’acteurs, de producteurs et de metteurs en scène venus des quatre coins de l’Afrique, le président Me Abdoulaye Wade, a réaffirmé son soutien aux cinéastes et leur a demandé de faire des films qui montrent les héros de l’histoire du continent. Il a accepté d’être leurs porte-parole auprès de ses pairs africains pour le développement d’un cinéma qui jouera pleinement son rôle dans la renaissance africaine. Il a déclaré « Je considère que les États doivent s’engager aux côtés des cinéastes, acteurs et metteurs en scène pour le développement du cinéma, car cet art peut jouer un rôle déterminant dans la défense de l’image de l’Afrique », les doléances des cinéastes et réaffirmé son soutien aux cinéastes africains à qui il Il a demandé aux professionnels et acteurs du cinéma africain de compter sur lui.

Pour Me Wade, l’Afrique, au stade actuel de son développement, ne peut se passer de l’industrie cinématographique. Se définissant comme un «ardent militant » d’un cinéma qui s’inscrit dans la renaissance africaine, il a poursuivi « Je tiens à la production de grands films qui montrent et valorisent les héros qui ont marqué notre histoire ».

C’est l’occasion pour Me Wade de présenter son projet du centre panafricain du cinéma et de l’audiovisuel qui sera érigé sur le site du Technopole de Dakar. L’objectif qu’il poursuit est de réaliser des images africaines produites par des Africains.

Le chef de l’État sénégalais a souligné «Avant de demander aux chefs d’États africains de soutenir le cinéma africain, je dois poser des actes concrets. C’est ce que j’ai fait en voulant créer ce projet »

Me Wade a rendu un hommage appuyé aux pionniers du cinéma africain (comme Sembène Ousmane) qui, « malgré de faibles moyens », ont réussi à réaliser des films qui ont eu un succès international. Pour lui, la nouvelle génération de cinéastes doit suivre les traces de ces « précurseurs », mais en s’adaptant aux nouvelles technologies de l’information et de la communication. « Dans un contexte marqué par le passage de l’analogie au numérique, le cinéma africain doit s’adapter pour produire des films de qualité ». Il est aussi « prêts à subventionner » des particuliers qui s’engagent à construire des salles de cinéma « modernes »

Il est a noté que le Président de la commission Cinéma et du Comité National Artistique (CNA) Sagna Joseph, le Directeur de la Cinématographie du Sénégal Diené Fidèle, Thior Amadou, le Professeur Maguèye Kassé, entre autres, ont contribué à la réussite des travaux.

 
 
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