Le 5 mars 2011, la lumière des lampes des écrans de la 22e édition du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (Fespaco) s’est éteinte. Après l’arrivée du chef de l’État et de son épouse, la cérémonie démarre par le spectacle Jeunesse en songe dont la direction artistique est assurée par Salia Sanou. C’était un spectacle de son et lumière composé de six actes auquel ont participé 300 artistes de danse, de musique, d’art équestre et du cirque du Burkina, du Mali, du Niger, de la Côte d’Ivoire, du Ghana et du Bénin comme interprètes et 300 élèves des lycées et collèges de Ouagadougou.

Comme bilan artistique et technique le Fespaco 2011, une vingtaine de prix décernés, en plus des dix-neuf prix spéciaux ont été décernés. Le plus prestigieux des prix, l’Étalon d’or de Yennenga, est revenu cette année au film Pégase, du réalisateur marocain Mohamed Mouftakir. Il succède ainsi à Teza, de Haile Gerima , réalisateur éthiopien, qui a remporté cette distinction en 2009. Le prix est constitué de 10 millions de F CFA plus le trophée.

Les grandes catégories en compétition à cette édition étaient les longs métrages, les courts métrages et films des écoles, les films documentaires, les films de la diaspora, les films TV/Vidéo et prix des écoles de cinéma.

Dans le cadre de cette 22e FESPACO, un hommage cinématographique consacré au comédien et metteur en scène de théâtre, Sotigui Kouyaté, décédé en avril 2010 (1936-2010), figure emblématique de la création contemporaine. Malien et Burkinabé, également conteur et musicien, sa collaboration avec des cinéastes internationaux de renom l’a propulsé au devant de la scène du septième art. Au 62e Festival de Cannes (2009), Sotigui Kouyaté a reçu l’insigne des arts et des lettres et quelques mois plus tôt, il remportait l’Ours d’argent du meilleur acteur au Festival de Berlin. L’Étalon d'Honneur de Yennenga lui a été remis pour l'ensemble de son œuvre cinématographique. Le trophée a été remis à sa famille par le Président du Faso, Blaise Compaoré.

Clôturant la 22e édition, Michel Ouédraogo, délégué général du festival, a donné rendez-vous aux professionnels, amoureux et amateurs du septième art, du 23 février au 2 mars 2013 pour la 23e édition.

Comme à l’accoutumée, pour le dernier acte de la cérémonie, les feux d’artifice ont illuminé le ciel ouagalais.

RÉFLEXIONS :

Le Fespaco peine à se recentrer sur le cinéma car trop de présentations d'activités des nombreuses organisations qui soutiennent les cinémas d'Afrique, masterclass et colloque, cérémonies et hommages divers empêchent les professionnels internationaux et la presse d'aller aux projections.

Ce biennal cinématographique est une mobilisation populaire en voyant l'inauguration et la clôture au stade du 4 août, la "rue marchande" (le marché des artisans venus de tout le Burkina et des pays avoisinants), et, grâce à la "journée continue" qui libère les employés à 14h durant une semaine, à la programmation télévisuelle de l’événement sur les antennes de la TNB et aux maquis bondés de 10 h jusqu’au petit matin.

La déception est encore là à cette 22ème édition dont la thématique est « cinéma et marché ». Aucune œuvre qui vient redorer la production africaine. Doit-on considérer que rien de passionnant, d’émouvant n’est produit aujourd'hui, particulièrement Afrique noire, en termes de longs métrages fiction, documentaire ? A l’heure de la révolution technique en matière de cinéma, les cinéphiles, les professionnels, la presse ont cherché, sans succès cette année encore, de nouvelles écritures, de nouvelles tendances, de nouveaux talents à Ouaga.

Quel cinéma pour notre public ?  Cinéma d'auteur ou cinéma populaire ?

Cette question est une fois encore présente dans les esprits à la 22ème édition. C’est une bonne chose de voir le public des salles adhérer à ce qui se passe sur l'écran : le rire qui assemble un public raillant en observant ses propres réalités ou ses rêves. Nous constatons avec amertumes que la mise en scène, la direction d'acteurs ne sont pas fignolés. Dans l'Histoire du cinéma, le cinéma populaire n'est pas de médiocre qualité. « N’est ce pas un risque à terme pour le Festival que les films plus exigeants ou aboutis ne trouvent plus leur place et se détournent de Ouaga pour privilégier d'autres rendez-vous, en rupture avec une longue et prestigieuse histoire ? » dixit Olivier Barlet.


Nous pensons de notre part, dans la confusion entre vidéo et cinéma, qu’il faut amener la nouvelle génération de cinéastes comme le dit Haroun Mahamat Saleh (Tchad) à "replacer la culture, la formation, l'histoire de l'art, bref, la cinéphilie au cœur de notre cinéma" pour sortir les productions cinématographiques africaines de la marginalité.

Le cinéma en Afrique noire à plus de cinquante (50) ans. L’insuffisance de financements, la défaillance de salles de projection, de programmations sur les télévisions nationales, l’absence d’une politique cinématographique au niveau de nos états …. sont, entre autres, les maux qui n’encouragent pas l’émergence d’un cinéma de qualité.

A qui la faute ?

Nos états ont l’obligation de se tourner vers le 7ème Art pour lui donner une existence en favorisant l’émergence dans nos pays des industries cinématographiques. Le Maroc montre l’exemple.Le Sénégal est en route. Les Rencontres Professionnelles Cinématographiques et Audiovisuelles de Dakar tenues du 20 et 21 décembre 2010 et dont le thème est « Produire en Afrique »

La jeune génération pense que les anciens ne savent pas faire du cinéma. Force est de constater qu’elle ne pense qu’à gagner les étapes sans trop de difficultés. Mais elle a tout pour se former comme l’internet, la vidéo,

Durant une semaine le public de l’Afrique Noire a suivi l’événement grâce aux chaînes de télévisions nationales et internationales. Une fois le rideau tombé, il n’aurait aucune occasion pour voir les films primés dans son pays. Comment créer un public pour notre cinéma dans ces conditions ?

Comment pourrait-on, amener la jeunesse génération friande du cinéma américain et des télés novelas, à aimer notre cinéma si aucune action n’est entreprise à la base dans les écoles pour la culture cinéma. Le public de l’arrière pays a aussi droit au cinéma de qualité.

Au Togo, l’APCAL (Association pour la Promotion de la Culture des Arts et des Loisirs) se bat pour la culture du cinéma dans les écoles.  Dans l’attente de la création des salles, elle apporte le cinéma via les projections itinérantes grâce au CIT (Cinéma Itinérant du Togo) voici neuf ans.

Conscient que les cinémas itinérants créent un public permanent et le prépare pour les salles, l’APCAL vient d’opter pour un partenariat avec le CNA (Cinéma Numérique Ambulant) pour la création d’un réseau ceci dans le cadre de la 22ème édition.

Extrait du palmarès du Fespaco 2011 
Étalon d’or de Yennenga : Pégase, Mohamed Mouftakir, Maroc 
Étalon d’argent de Yennenga : Un homme qui crie, Haroun Mahamat Saleh, Tchad 
Étalon de bronze : Le mec idéal, Owell A. Brown, Côte d’Ivoire 
Poulain d’or : Garagouz, Abdenour Zahzah, Algérie 
Poulain d’argent : Tabou, Meriem Riveill, Tunisie 
Poulain de bronze : Tinye so, Daouda Coulibaly, Mali 
Prix Robesson (Diaspora) : Les amours d’un zombi, Arnold Antonin, Haïti 
Prix Oumarou Ganda : Notre étrangère, Sarah Bouyain, Burkina Faso 
Prix Films TV/Vidéo : Hopeville, Trengoue John, Afrique du Sud 
Prix courts métrages : Champions of our time, Mak Kusare, Nigeria 
Prix series TV/Vidéo : Ismaël le gaffeur, Mamadou N’Diaye, Sénégal 
Prix documentaires (1er prix) : Monica Wangu Wamwere-The unbroken spirit, Jane Murago-Munene, Kenya 
Meilleure interprétation féminine : Samia Meziane, dans Voyage à Alger, d’Abdelkrim Bahloul, Algérie 
Meilleure interprétation masculine : Sylvestre Amoussou, dans Un pas en avant-les dessous de la corruption, de Sylvestre Amoussou, Bénin 
Meilleur scénario : Voyage à Alger, Abdelkrim Bahloul (auteur du scénario), Algérie Meilleure image : La mosquée, Daouda Aoulad-Syad, Maroc (images de Thierry Lebigre) 
Meilleur son : Pégase, Mohamed Mouftakir, Maroc (son de Taoufik Mekraz) Meilleure musique : Un pas en avant-les dessous de la corruption, Un homme qui crie, En attendant le vote… (Musiques de Wasis Diop) Meilleur montage : Le poids du serment, Kollo Sanou, Burkina Faso

 
 
Communication à la table ronde sur la place des cinémas itinérants dans l'industrie cinématographique africaine qui était tenue à Ouagadougou, au village CNA, lors du FESPACO 2011.

Les cinémas ambulants peuvent-ils contribuer à la création d'un public potentiel pour les salles fixes ?

État des lieux
« … Au Togo, comme dans beaucoup de pays d’Afrique, les salles de cinéma sont rares, voire inexistantes, et les œuvres du 7è art demeurent trop souvent hors de portée des spectateurs potentiels. Les causes sont évidemment multiples, mais des opérations telles que cette Caravane ont le mérite, avec des moyens limités, de créer des occasions de rencontre exceptionnelles et festives entre le cinéma et son public… »

(Extrait de l’allocution de M. Dominique RENAUX, Ambassadeur de France au Togo au cours de la cérémonie du lancement de la Caravane du Cinéma 2008 au Centre Culturel Français de Lomé).

Il y a quelques années dix sept  salles se trouvaient au Togo dont sept à Lomé.
L’état togolais contrairement aux autres états de la sous région ne s’est engagé ni dans la production ni dans la diffusion cinématographique. Sa politique en matière cinématographique ne se résume jusqu’à jour qu’à la création des structures comme le CNPA (Centre National de Production Audiovisuelle), la DNC (Direction Nationale de la Cinématographique). Une politique cinématographique reste toujours à l’étude.

Au moment où l’APCAL - Association pour la promotion de la Culture des Arts et des Loisirs a mis en place le CIT - Cinéma Itinérant du Togo, le cinéma de proximité en juillet 2002, seule une partie de la population de Lomé peut encore voir un film dans les deux salles restées ouvertes dont l’exploitant est Monsieur Tabchoury un libanais ou périodiquement au Centre Culturel Français ou au Goethe Institut. 


A l’intérieur du pays le public est sevré de projections cinématographiques depuis que les cinq salles, appartenant à Monsieur Samarou un exploitant togolais, ont cessées de fonctionner et que les cinés bus du Service du Cinéma et des Actualités Audiovisuelles, du Ministère de la Jeunesse, des Sports et de la Culture ne sillonnent plus le territoire.

Cet état de chose a permis le foisonnement, un partout dans le pays, des vidéos clubs dans des abris aménagés sommairement avec des conditions de sécurité aléatoires aux coins des rues ou dans les cours de maisons privées. Le public de ces lieux est constitué en majorité de jeunes de 7 à 20 ans. La programmation laisse à désirer. Les autorités ont cherché à lutter contre ce phénomène mais n’ont pu rien faire car elles n’ont pas pu apporter de solutions de rechange.

Approche de solution

Pour répondre à l’attente du public et remédier à cette situation l’APCAL - Association pour la Promotion de la Culture des Arts et des Loisirs a repris le principe de cinéma itinérant. Depuis neuf ans déjà, bravant les intempéries, les difficultés financières, administratives crées artificiellement, le CIT - Cinéma Itinérant du Togo sous l’appellation de la Caravane du cinéma sillonne le pays pour rapprocher le cinéma de son public via une structure de projection ambulante sur grand écran. Le CIT va montrer des films même dans les coins les plus reculés où l’énergie électrique est inexistante pour faire connaître le cinéma en général, le cinéma africain en particulier dans le but de redonner l’habitude d’aller au cinéma, de produire un cinéma jeune, de rattraper le retard accusé en vue de la promotion d’une vraie activité cinématographique nationale. 

Pour réussir son ambition l’APCAL a mis l’accent sur la projection dans les établissements scolaires en vue pousser les jeunes à connaître le cinéma et ses métiers par la création de ciné-clubs. Depuis 2006, elle a créé les RECITEL - Rencontres du Cinéma et de la Télévision, une manifestation annuelle événementielle, est organisée dans la capitale comme à l’intérieur du pays dans les chefs lieux des trente quatre Préfectures pour initier, former les futurs talents ainsi que les cinéphiles.

Les projections du CIT ont permis de :

- fidéliser, renforcer les liens de fraternité avec le public cinéphile sur toute l’étendue de pays,

- satisfaire la demande des populations qui faute d’électricité ou du signal de la télévision nationale n’ont pas souvent accès aux œuvres cinématographiques.

Après neuf années (2002 - 2011), l’Association pour la Promotion de la Culture des Arts et des Loisirs a réussi à créer un public assidu à travers le Togo pour un cinéma de qualité.

Que de souvenirs l’équipe du CIT à partager avec les plus âgés concernant l’arrivée dans le quartier, le village des « ciné bus ou ciné rails » qui leur apportent le cinéma quand ils sont petits ou jeunes. Ils retrouvent la joie que leur procurait ces « ciné bus ou cinés rails » qui leur ont permis de découvrir le cinéma.

Que d’espoirs l’équipe à donner à tous ces enfants, ces jeunes qui tous les soirs regardent défiler dans leurs yeux leurs propres images et celles des films sur le grand écran et qui quittent les lieux satisfaits tout souhaitant avoir une autre séance le jour suivant.

Perspectives
Pour satisfaire cette demande de plus en grande de la population qui a repris le goût de voir des films sur grand écran (les personnes âgées) et qui découvre le cinéma (les jeunes),   l’APCAL - Association pour la Promotion de la Culture des Arts et des Loisirs, pour ne pas voir le public se désorganiser, fort de l’expérience acquise, nourrit l’espoir afin que le cinéma soit de nouveau à la portée de la population togolaise :

- de donner la possibilité aux cinéphiles de la capitale d’installer des lieux où ils peuvent voir des films de qualité dans conditions adéquates dans les immeubles qui se construisent dans les quartiers, - de rénover les espaces culturelles qui existent à l’intérieur du pays et qui sont inexploitées actuellement.

Conscient que grâce à leurs actions les cinémas ambulants sont un atout pour contribuer à la création d'un public potentiel pour les salles fixes, l’APCAL a jugé bon de se rapprocher du CNA - Cinéma Numérique Ambulant pour :

- combler la demande des cinéphiles fidélisés qui sont en attente,
- améliorer ses diverses prestations en trouvant des solutions pour le renouvellement du matériel roulant et celui de projection actuel et doubler la structure projection mobile.